Le dollar conserve ses gains au-dessus de 102 sur le DXY, malgré la forte diminution des anticipations d'une hausse de la Fed en octobre.
Cette résistance repose sur trois piliers : une économie américaine encore solide, des rendements élevés et une demande défensive alimentée par les risques géopolitiques et européens.
Le DXY paraît désormais étiré et les positions longues deviennent plus encombrées. Mais un marché peut rester suracheté longtemps lorsqu'il conserve un avantage fondamental. Pour provoquer une véritable correction, il faudra donc davantage qu'une inflation simplement conforme aux attentes.
Géopolitique — une amélioration diplomatique, pas encore une trêve effective
Donald Trump a annoncé que la Russie et l'Ukraine avaient accepté de ne plus cibler leurs infrastructures énergétiques respectives. Cette annonce constitue une amélioration dans la communication diplomatique, mais elle ne correspond pas encore à un accord vérifiable.
L'Ukraine affirme avoir suspendu ses attaques contre les raffineries russes, tout en accusant Moscou d'avoir continué à frapper plusieurs installations énergétiques ukrainiennes. Le Kremlin a uniquement confirmé la poursuite des discussions.
Une autre information concerne la possibilité d'organiser une nouvelle élection présidentielle en Ukraine. Volodymyr Zelensky avait proposé une trêve de 60 jours pour permettre la tenue du scrutin. Moscou a rejeté cette proposition et s'est seulement déclaré prêt à interrompre les frappes pendant la journée électorale. Il ne s'agit donc pas d'un cessez-le-feu durable.
La situation montre une volonté de rouvrir certains canaux diplomatiques, mais l'écart entre les déclarations et les actions reste considérable.
Pétrole — le diesel russe ne règle pas la crise du Moyen-Orient
Les États-Unis ont temporairement assoupli certaines restrictions visant le diesel russe. Cette décision pourrait améliorer marginalement l'offre mondiale de produits raffinés.
Son effet devrait toutefois rester limité : la Russie fait elle-même face à des contraintes sur son marché intérieur, les États-Unis restent exportateurs nets de diesel, les volumes supplémentaires ne compensent pas les perturbations du raffinage au Moyen-Orient, et les risques sur le transport maritime restent élevés. Cette « diplomatie du diesel » représente donc une soupape, pas une solution structurelle.
Surtout, elle ne règle absolument pas la situation au Moyen-Orient. Les Houthis poursuivent leurs attaques contre l'Arabie saoudite, maintenant une menace sur les infrastructures, les routes commerciales et l'approvisionnement régional.
Le Brent a corrigé vers 103 dollars et le WTI vers 92-93 dollars, mais cette baisse ne signifie pas que la prime géopolitique a disparu. Elle traduit surtout une amélioration potentielle de l'offre en dehors du Golfe.
Conditions d'une baisse durable
Pour ramener durablement le pétrole à des niveaux nettement inférieurs, il faudrait une désescalade vérifiable au Moyen-Orient, une normalisation durable des flux du Golfe, une amélioration des capacités de raffinage et une baisse du risque sur les routes maritimes. Nous en sommes encore loin.
USD — l'inflation devient le prochain test
Les faibles NFP de septembre ont réduit la probabilité d'une hausse de la Fed en octobre sous 20 %. Le marché privilégie désormais une pause, tout en conservant la possibilité d'un dernier resserrement en décembre.
Les données d'inflation publiées mercredi seront donc déterminantes. L'inflation globale est attendue autour de 3,7 % sur un an, contre 3,4 % en août. Le core CPI devrait progresser d'environ 0,2 % sur un mois.
La hausse du pétrole observée en août et au début du mois de septembre pourrait désormais devenir plus visible dans l'indice global. Les données d'août avaient été relativement modérées, ce qui pose une question importante : les effets du choc énergétique ont-ils simplement été retardés jusqu'en septembre ?
La Fed surveillera surtout la diffusion de ce choc vers les coûts de transport, les biens industriels, les services, les prix de vente des entreprises et les anticipations d'inflation. Le pétrole ne se transmet pas directement au core CPI. Mais s'il augmente les coûts de production et de distribution, son influence peut progressivement atteindre l'inflation sous-jacente.
Le risque autour du DXY
Le dollar paraît surévalué ou, au minimum, techniquement étiré sur plusieurs paires. Le positionnement spéculatif est également devenu plus déséquilibré.
Cela rend le billet vert vulnérable à une correction si l'IPC ressort inférieur aux attentes. Mais cette correction manquerait probablement de profondeur tant que l'économie américaine continue de surperformer et que les rendements restent élevés.
Fonction de réaction à l'IPC
IPC supérieur aux attentes : forte remontée des anticipations de décembre, hausse des rendements et prolongation de la progression du dollar. IPC conforme : pause en octobre, mais décembre reste ouvert et le dollar conserve son soutien. IPC inférieur aux attentes : prises de bénéfices sur le DXY, sans nécessairement remettre en cause sa tendance fondamentale.
Autrement dit, le dollar est étiré, mais pas encore fondamentalement fragile.
Biais USD
Haussier, avec un risque croissant de correction technique.
EUR — la France devient-elle un risque pour toute la zone euro ?
La situation française devient de plus en plus préoccupante. Le rendement français à dix ans a récemment dépassé celui de l'Italie et de la Grèce, un signal symbolique pour un pays historiquement considéré comme appartenant au noyau souverain de la zone euro.
L'écart OAT-Bund a approché 160 points de base la semaine dernière, son niveau le plus élevé depuis 2012, avant de revenir vers 140 points de base. Dans le même temps, les spreads italiens et d'autres marchés européens se sont également élargis.
La question n'est donc plus seulement de savoir si les obligations françaises resteront sous pression. Le marché commence à se demander si un risque initialement français peut devenir un risque de fragmentation pour l'ensemble de la zone euro.
Trois canaux de contagion sont possibles : la vente des autres dettes souveraines européennes, la réduction des anticipations de hausse de la BCE, et le resserrement des conditions de financement pour les banques et les entreprises. Si la BCE devait ralentir ses hausses, modifier son quantitative tightening ou envisager une intervention sur les obligations, la réaction serait probablement négative pour l'euro.
L'EUR/USD reste ainsi vulnérable autour de 1,1200, avec les zones de 1,1100, puis 1,1000, comme prochains niveaux en cas d'aggravation.
Biais EUR
Baissier.
GBP — un avantage relatif face à l'euro
La livre reste soutenue par les anticipations d'une hausse de la Banque d'Angleterre en novembre. L'inflation britannique, les prix élevés de l'énergie et la possibilité d'effets de second tour donnent à la BoE davantage de raisons de resserrer sa politique que la BCE.
La livre conserve donc un avantage relatif face à l'euro. Elle reste néanmoins vulnérable face au dollar si l'IPC américain surprend à la hausse.
Biais GBP
Légèrement haussier face à l'euro.
JPY — le PPI ralentit, mais reste trop élevé
L'inflation japonaise des prix à la production a ralenti de 7,6 % à 6,8 % sur un an, sous les attentes. Cette modération ne suffit toutefois pas à écarter une nouvelle hausse de la Banque du Japon. Les prix à l'importation calculés en yens ont augmenté de 24,5 %, montrant que la faiblesse de la devise et les coûts énergétiques continuent d'alimenter les pressions domestiques.
L'USD/JPY pourrait donc rester proche de 158 : le différentiel de taux soutient le dollar, mais le resserrement attendu de la BoJ et le risque d'intervention limitent le potentiel haussier.
Biais JPY
Neutre.
AUD — la RBA maintient la pression
Les minutes de la RBA indiquent que plusieurs risques inflationnistes commencent à se matérialiser : un pétrole plus élevé, des coûts technologiques liés à l'intelligence artificielle, des pressions domestiques sur les coûts, et la possibilité d'un taux neutre mondial plus élevé. La RBA estime qu'une réaction rapide pourrait être nécessaire pour empêcher une remontée des anticipations d'inflation.
La baisse du marché immobilier et le caractère déjà restrictif des conditions financières empêchent néanmoins un signal totalement hawkish. L'AUD bénéficie donc du soutien de la RBA, mais reste freiné par le dollar et l'environnement mondial défensif.
Biais AUD
Neutre.
NZD, CAD et CHF — des soutiens insuffisants face au dollar
Le NZD demeure sous-évalué, mais manque de catalyseurs immédiats dans un environnement de rendements américains élevés. Son rebond dépendrait principalement d'une amélioration du sentiment mondial.
Le CAD bénéficie théoriquement du pétrole, mais ce soutien est compensé par la faiblesse de l'emploi canadien et par le différentiel de taux favorable aux États-Unis.
Le CHF profite des risques français face à l'euro. En revanche, l'absence de virage hawkish de la BNS limite son potentiel face au dollar.
À surveiller
L'IPC américain de mercredi · La transmission du pétrole vers l'inflation globale et sous-jacente · Les anticipations d'une hausse de la Fed en décembre · Le positionnement long sur le dollar · Les frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes · Les volumes réels de diesel russe supplémentaires · Les attaques houthis en Arabie saoudite · Le Brent autour de 103 dollars · Le spread OAT-Bund après son passage proche de 160 points de base · L'EUR/USD autour de 1,1200.
À retenir
Les développements entre la Russie et l'Ukraine constituent une amélioration diplomatique, mais pas encore un cessez-le-feu effectif. L'assouplissement concernant le diesel russe peut apporter quelques volumes supplémentaires, mais ne résout ni les contraintes mondiales de raffinage ni le conflit au Moyen-Orient : la prime de risque énergétique reste donc présente. En Europe, la France n'est plus seulement confrontée à une hausse isolée de ses coûts d'emprunt — le risque est désormais que cette tension se diffuse aux autres marchés obligataires et réduise la capacité de la BCE à lutter contre l'inflation. Enfin, le dollar paraît étiré, mais l'économie américaine reste suffisamment solide pour empêcher une conviction baissière claire. L'IPC devra montrer une véritable modération de l'inflation sous-jacente pour provoquer davantage qu'une simple correction technique.
La diplomatie réduit momentanément la pression. Seuls les faits peuvent supprimer la prime de risque.
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