Le marché retrouve de l'appétit pour le risque, sans effacer ses fragilités.
Lundi, le dollar s'est apprécié face aux sept autres grandes devises suivies, accompagné d'une progression du Nasdaq et des semi-conducteurs. Mardi en Asie, ce mouvement s'est diffusé aux actions japonaises et sud-coréennes, permettant également à l'AUD et au NZD de rebondir.
Ces deux séquences ne sont pas contradictoires : le retour de l'optimisme technologique a d'abord soutenu les actifs américains, avant de bénéficier plus largement aux devises cycliques.
Dans le même temps, les discussions régionales autour de l'Iran ont réduit une partie de la prime pétrolière.
Le marché négocie un soulagement. Il n'a pas encore obtenu de résolution durable.
Sentiment — L'IA relance les flux, mais doit encore convaincre
Le Nasdaq a progressé de 0,89 % lundi, tandis que l'indice des semi-conducteurs de Philadelphie a gagné environ 3 %.
Les informations entourant le projet d'introduction en Bourse d'Anthropic ont ravivé l'intérêt pour le secteur après la correction récente.
Le mouvement s'est prolongé en Asie, accompagné de données favorables : PIB sud-coréen à +1 % sur le trimestre contre +0,7 % attendu, et bénéfices industriels chinois à +14,4 % sur un an en septembre contre +4,2 % en août.
La composition reste néanmoins importante. En Corée, les semi-conducteurs représenteraient environ la moitié de la croissance, alors que la consommation privée a reculé. Le rebond confirme donc la vigueur du cycle technologique, pas une amélioration uniforme de la demande.
Les résultats de Microsoft, Alphabet et Amazon devront désormais rassurer sur les revenus, les marges, les dépenses d'investissement et la trésorerie.
Sentiment global : risk-on, mais dépendant de la validation des résultats technologiques.
USD — Le dollar bénéficie du retour vers les actifs américains
Politique monétaire
Le FOMC se réunit les 27 et 28 octobre, avec une décision attendue mercredi. Les probabilités citées dans les derniers articles situent le statu quo autour de 90 %, tandis qu'une hausse en décembre reste largement anticipée.
La pause ne constituerait donc pas, à elle seule, un signal accommodant. L'enjeu sera surtout le degré de conviction affiché sur la nécessité de resserrer davantage.
Notre scénario central reste un statu quo accompagné d'un message potentiellement restrictif. Une hausse immédiate demeure un scénario alternatif, et non notre prévision principale.
Fondamentaux internes et flux
Le DXY conserve ses gains récents, légèrement au-dessus de 102 dans les dernières informations disponibles.
Le rendement américain à deux ans a progressé de 3,4 points de base à 4,716 % lundi, tandis que les rendements à dix et trente ans reculaient légèrement. Cette configuration rappelle qu'une détente du dix ans ne signifie pas nécessairement un recul des anticipations de taux directeurs. Le segment court continue ici de soutenir le dollar.
L'enquête de Dallas publiée lundi complète ce tableau : l'activité générale s'améliore, mais les nouvelles commandes ralentissent et les coûts restent élevés.
Le rebond technologique apporte parallèlement un soutien aux flux vers les actifs américains.
Actions américaines et dollar peuvent progresser ensemble lorsque le marché retrouve confiance dans les perspectives de rendement des États-Unis.
Les commandes de biens durables, les ventes de logements neufs et la confiance du Conference Board constitueront les prochains tests.
Biais USD
Légèrement haussier avant le FOMC.
EUR — Le soulagement français ne suffit pas face au dollar
Politique monétaire
La BCE est attendue en statu quo jeudi. Aucune nouvelle communication officielle transmise sur la fenêtre ne modifie cette lecture. Le message de Christine Lagarde sur les prochaines étapes comptera davantage qu'une décision déjà largement anticipée.
Fondamentaux internes et géopolitique
Le maintien de la note française à Aa3, avec perspective négative, a favorisé une détente de la dette française. Le spread OAT-Bund à dix ans est passé d'environ 176 à 160 points de base lundi, puis vers 153 points dans les informations de mardi.
La composante anticipations de l'Ifo allemand a également dépassé les attentes. Le CAC 40 et le DAX ont progressé respectivement de 0,83 % et 0,91 % lundi.
Ces éléments améliorent la lecture tactique des actifs européens. Ils n'effacent cependant ni les difficultés budgétaires françaises, ni l'incertitude politique.
L'EUR/USD a ainsi reculé vers 1,1176 lundi, malgré le soulagement interne, sous l'effet de la vigueur du dollar.
Biais EUR
Neutre — amélioration européenne, mais concurrence d'un dollar mieux soutenu.
GBP — La livre attend un double verdict mercredi
Politique monétaire
Les anticipations de hausse de la BoE en novembre restent un soutien. Mais ce scénario étant déjà largement intégré, une appréciation supplémentaire nécessiterait une surprise sur la suite du cycle ou un message américain moins restrictif.
Fondamentaux internes et budget
Le GBP/USD reste sous 1,3350 dans les dernières informations, après son recul de lundi. Le budget britannique et le FOMC, attendus mercredi, créent un double risque événementiel.
Les investisseurs surveilleront surtout le financement des dépenses et la crédibilité de la trajectoire budgétaire. Une hausse des rendements provoquée par la défiance ne serait pas nécessairement favorable à la livre.
Les données de consommation récemment décevantes compliquent également l'arbitrage entre soutien à l'activité et discipline budgétaire.
Biais GBP
Neutre, avec prudence avant le budget et la Fed. Zones à surveiller : 1,3389-1,3407 en résistance, 1,3267 en soutien.
CAD — Les espoirs commerciaux amortissent la baisse du pétrole
Politique monétaire
La décision de la Banque du Canada mercredi constitue le principal catalyseur domestique. Selon les éléments cités par Commerzbank, le marché attribue environ 85 % de probabilité à une hausse cette semaine.
La banque souligne toutefois la modération de l'inflation sous-jacente. Cette réserve rappelle qu'un repricing agressif peut créer une vulnérabilité si la décision ou les perspectives déçoivent.
Fondamentaux et commerce
Le CAD a été la devise la plus résistante face au dollar lundi, malgré le recul du brut. Mardi en Asie, l'USD/CAD évolue autour de 1,4020.
Les informations évoquant des progrès tarifaires entre Washington et Ottawa soutiennent la devise. Elles doivent rester présentées comme des avancées potentielles, pas comme un accord finalisé.
Deux forces se compensent donc : la baisse du pétrole, défavorable aux termes de l'échange, et l'amélioration commerciale potentielle, favorable aux perspectives économiques.
Biais CAD
Légèrement haussier en relatif, sous réserve de confirmation commerciale et monétaire.
AUD — Le rebond asiatique rencontre le test de l'inflation
Politique monétaire
L'IPC australien attendu mercredi sera déterminant avant la réunion de la RBA du 3 novembre. Le ton restrictif récent des responsables entretient la possibilité d'une nouvelle hausse. Mais une partie de ce scénario est désormais intégrée.
Le marché devra donc comparer les chiffres publiés aux attentes et aux projections de la RBA, pas simplement constater que l'inflation reste élevée.
Fondamentaux et sentiment
Après son recul face au dollar lundi, l'AUD se raffermit mardi en Asie. Le rebond des actions technologiques et des bénéfices industriels chinois apporte un soutien externe, tandis que les derniers PMI australiens ont signalé une faiblesse domestique.
Biais AUD
Légèrement haussier, mais fortement conditionné par l'IPC.
NZD — La hausse attendue de la RBNZ ne garantit pas celle du kiwi
Politique monétaire
TD Securities prévoit désormais une hausse de 25 points de base à 3 % lors de la réunion de cette semaine, puis d'autres mouvements en décembre et février. Il s'agit d'une prévision d'analyste, pas d'une trajectoire annoncée par la RBNZ. La recommandation de hausse du conseil fantôme NZIER constitue également une opinion extérieure à la banque centrale.
Fondamentaux et marché
Le NZD/USD a reculé vers 0,5680 lundi, avant de retrouver du soutien dans la séance asiatique de mardi. L'inflation du troisième trimestre a légèrement déçu, mais le rebond énergétique entretient les craintes d'une nouvelle accélération.
Le potentiel du kiwi dépendra surtout de la trajectoire indiquée après la prochaine décision.
Biais NZD
Légèrement haussier, avec risque de déception si la RBNZ ne valide pas les attentes.
JPY — Le retour du risque pèse, Tokyo hausse le ton
Politique monétaire
Le statu quo reste le scénario central pour la BoJ vendredi. Le PPI des services japonais a progressé de 3,7 % sur un an, contre 3,5 % révisés précédemment. Cet indicateur de prix entre entreprises complète le diagnostic inflationniste, sans être équivalent à l'IPC.
Les commentaires d'Uchida présentent l'IA comme un choc positif de demande, tout en soulignant le risque de correction si les profits attendus ne se matérialisent pas.
Fondamentaux, flux et intervention
L'USD/JPY a progressé de 0,41 % lundi. Le retour de l'appétit pour le risque et les rendements américains élevés favorisent les stratégies de portage au détriment du yen.
Katayama a renouvelé ses avertissements et évoqué des « mesures décisives ». Ce langage maintient le risque d'intervention dans le radar, mais ne prouve pas qu'une opération soit imminente.
Biais JPY
Légèrement baissier, avec risque de retournement sur communication de la BoJ ou intervention. Zone à surveiller : 158,51, puis 160 sur l'USD/JPY — aucun de ces niveaux ne constitue un seuil officiel d'intervention.
CHF — Le franc recule sans perdre tous ses soutiens défensifs
Politique monétaire
Les taux suisses proches de zéro maintiennent un différentiel défavorable face au dollar. Selon le compte rendu cité, la BNS attribue principalement la remontée récente de l'inflation au pétrole et au change, sans constater de diffusion généralisée.
Fondamentaux et flux
L'USD/CHF évolue autour de 0,8280 mardi. L'amélioration du sentiment réduit la demande refuge. Néanmoins, le recul du rendement suisse à dix ans vers 0,47 % montre que la demande d'obligations défensives reste présente.
Cette baisse du rendement ne renforce pas mécaniquement le franc : demande obligataire et performance de la devise ne se confondent pas.
Biais CHF
Légèrement baissier face à l'USD, avec protection potentielle en cas de retour du stress européen.
Pétrole — Le dialogue progresse, pas encore la résolution
Selon les informations attribuées à IRIB, l'Iran, l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont convenu de poursuivre les consultations sur la sécurité régionale. Cette avancée s'ajoute à l'absence de frappes américaines durant le week-end. Elle ne constitue pas un accord de paix entre Washington et Téhéran.
Le WTI a terminé lundi autour de 101,64 dollars, puis a été cité vers 100,43 dollars mardi dans un autre extrait. Le Brent reste proche de 116 dollars dans la note asiatique : la prime énergétique demeure élevée malgré sa détente.
Biais pétrole
Neutre à court terme, avec pression diplomatique baissière et risque géopolitique toujours important.
Or — Le dollar et les réductions de positions dominent
L'or évolue autour de 4 000 dollars, sous pression malgré les risques géopolitiques. Le dollar plus ferme, la perspective de taux durablement restrictifs et les réductions d'exposition décrites par TD Securities limitent son attrait immédiat.
Une escalade militaire ne garantirait pas une hausse automatique : des besoins de liquidité peuvent provoquer des ventes de métal.
Biais or
Légèrement baissier à court terme avant la Fed. Résistance : environ 4 067 dollars. Support : environ 3 942 dollars.
À surveiller
Commandes de biens durables, logements neufs et confiance du Conference Board · IPC australien mercredi · Décisions de la Fed, de la BoC et de la RBNZ · Budget britannique · BCE jeudi et BoJ vendredi · Résultats de Microsoft, Alphabet et Amazon · Prochaines publications américaines de PIB et de PCE · Évolution du spread OAT-Bund · Discussions régionales autour de l'Iran et trajectoire du pétrole.
À retenir
Le rebond technologique soutient d'abord les actifs américains et le dollar, puis se diffuse aux marchés asiatiques et aux devises cycliques. L'euro bénéficie d'un répit français sans parvenir à surperformer le billet vert. Le CAD résiste grâce aux espoirs commerciaux. Le yen et le franc subissent le recul de la demande refuge. Mais cette amélioration reste suspendue à deux validations : la rentabilité du cycle IA et les indications des banques centrales sur la suite des taux.
Le marché retrouve de l'appétit pour le risque. Il attend encore les preuves qui permettront de le conserver.
Ce contenu est fourni à titre informatif et éducatif. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un signal de trading, ni une garantie de résultat.


