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Quotidien · 30 octobre 2026

Alpha Quotidien : L'IA fragilise le dollar, la BoJ durcit le ton

La solidité de l'économie américaine ne suffit plus à soutenir automatiquement le dollar. Le PIB a progressé de 3,4 % au troisième trimestre et l'inflation PCE sous-jacente atteint 3,1 %, mais la chute historique d'Alphabet a ravivé les doutes sur la rentabilité des investissements dans l'intelligence artificielle.

Alpha Quotidien : L'IA fragilise le dollar, la BoJ durcit le ton
Alam Cheikh

Alam Cheikh

30 octobre 2026 · 13 minutes

Ces inquiétudes ont déclenché des achats de Treasuries, faisant reculer les rendements américains et le dollar. En Europe, l'euro résiste malgré la contraction française, tandis que la Banque du Japon reconnaît désormais que l'inflation sous-jacente est compatible avec sa cible de 2 %.

À retenir

États-Unis : PIB à +3,4 % annualisé et PCE core à 3,1 % sur un an. Alphabet : chute de 12,6 % et environ 500 milliards de dollars de capitalisation effacés. BCE : statu quo à 2,50 %, avec des risques inflationnistes orientés à la hausse, mais aucune hausse promise pour décembre. France : PIB en contraction de 0,1 % au troisième trimestre. BoJ : statu quo à 1,25 %, mais inflation sous-jacente désormais jugée cohérente avec la cible. Australie : forte probabilité de hausse de la RBA le 3 novembre.

USD — La force économique ne compense plus le risque lié à l'IA

Politique monétaire

La Fed a maintenu ses taux à 3,75-4,00 %, par dix voix contre deux. Lisa Cook et Beth Hammack souhaitaient une hausse immédiate de 25 points de base.

Le vote et le diagnostic économique restent restrictifs, mais la Fed n'a pas explicitement préannoncé une hausse en décembre. Le marché continue d'envisager un nouveau resserrement comme scénario majoritaire, sans certitude suffisante pour prolonger immédiatement la hausse du dollar.

Fondamentaux

Le PIB américain a progressé de 3,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre, contre 2,2 % précédemment. L'investissement, la consommation et les dépenses publiques ont soutenu l'activité.

Le rapport mensuel sur les dépenses montre parallèlement une inflation PCE globale à 3,6 % sur un an et une inflation sous-jacente à 3,1 %. La consommation nominale a progressé de 0,5 %, mais les dépenses réelles ont quasiment stagné.

Malgré ces chiffres favorables aux rendements, le marché obligataire a été dominé par les flux défensifs. Alphabet a chuté de 12,6 %, effaçant environ 500 milliards de dollars de capitalisation après avoir ravivé les inquiétudes sur le coût et la rentabilité des investissements liés à l'IA.

Cette correction, la deuxième plus importante perte de capitalisation jamais enregistrée en une séance, a entraîné le Nasdaq et les valeurs technologiques asiatiques. Le rendement américain à dix ans est revenu vers 4,91-4,92 %.

Les élections américaines de mi-mandat constituent le prochain risque politique. Elles pourraient modifier les anticipations budgétaires et accroître les inquiétudes concernant un futur shutdown ou le plafond de la dette.

Conclusion

Le différentiel de taux reste favorable au dollar, mais le dénouement des positions liées à l'IA et la baisse des rendements créent une fragilité tactique. Pour retrouver un biais franchement haussier, l'USD aura besoin d'une stabilisation des actions technologiques ou d'un nouveau repricing restrictif de la Fed.

Biais USD

Neutre.

EUR — Lagarde durcit le ton, mais la France se contracte

Politique monétaire

La BCE a maintenu ses trois taux directeurs : dépôt à 2,50 %, refinancement à 2,65 % et prêt marginal à 2,90 %.

La Banque reconnaît que la hausse prolongée de l'énergie augmente les risques inflationnistes tout en affaiblissant les perspectives de croissance. Les conditions financières se sont également resserrées depuis la précédente réunion.

Le ton reste donc restrictif, mais la BCE précise qu'elle décidera réunion par réunion et ne s'engage sur aucune trajectoire prédéterminée. Une hausse en décembre reste possible, mais elle n'est pas confirmée.

Christine Lagarde a par ailleurs annoncé qu'elle quitterait la présidence de la BCE le 7 février 2027. Cette transition ajoute une incertitude institutionnelle, la sensibilité du marché dépendant notamment du profil plus ou moins hawkish de son successeur.

Fondamentaux

L'économie française s'est contractée de 0,1 % au troisième trimestre, contre une progression de 0,1 % attendue.

Les exportations ont reculé de 1,7 % et l'investissement de 0,6 %. La consommation des ménages a toutefois accéléré de 0,4 %, empêchant une contraction plus importante.

Le commerce extérieur a retiré 0,6 point à la croissance, alors que les stocks ont apporté une contribution positive de 0,4 point.

La France reste également confrontée à une prime de risque obligataire élevée. Un nouvel élargissement du spread OAT-Bund durcirait les conditions financières sans intervention supplémentaire de la BCE.

Conclusion

La résistance de l'EUR/USD repose principalement sur la faiblesse tactique du dollar, et non sur une amélioration franche de l'économie européenne. L'euro peut poursuivre son rebond tant que les rendements américains reculent et que le spread français ne s'élargit pas davantage.

Biais EUR

Légèrement haussier à court terme, mais fragile.

JPY — La BoJ reconnaît que sa cible d'inflation est atteinte

Politique monétaire

La Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 1,25 %, par huit voix contre une. Hajime Takata souhaitait une hausse immédiate à 1,50 %.

L'élément déterminant vient du rapport de perspectives : la BoJ estime désormais que l'inflation sous-jacente est globalement cohérente avec sa cible de stabilité des prix de 2 %.

Elle considère également que les risques sur l'inflation sont orientés à la hausse. L'énergie, la demande liée à l'IA et la faiblesse passée du yen peuvent entraîner une diffusion plus large des pressions sur les prix.

La Banque accélérera par ailleurs ses ventes annuelles d'ETF de 330 à 860 milliards de yens à partir de janvier 2027.

Fondamentaux

Le signal ouvre la voie à une nouvelle hausse dès décembre. La réaction du yen est néanmoins restée mesurée, une part importante de ce scénario étant déjà intégrée.

La baisse des rendements américains constitue un soutien supplémentaire pour le JPY en réduisant légèrement le différentiel de taux avec les États-Unis.

Conclusion

La trajectoire monétaire japonaise devient plus clairement restrictive. Le yen conserve un potentiel d'appréciation, mais le marché aura besoin d'un calendrier plus explicite ou d'une poursuite de la baisse des rendements américains pour déclencher un mouvement plus important.

Biais JPY

Légèrement haussier.

AUD — La RBA se rapproche d'une nouvelle hausse

Politique monétaire

L'inflation australienne a accéléré de 4,0 % à 4,3 % sur un an en septembre. La moyenne tronquée officielle atteint 3,6 %, contre 3,5 % précédemment.

Sur le trimestre, l'IPC a progressé de 1,3 % et la moyenne tronquée de 1,0 %. Les pressions dépassent le seul carburant, avec une inflation des services à 4,1 % et une inflation non échangeable à 4,5 %.

Ces chiffres ont fortement renforcé la probabilité d'une hausse de la RBA à 4,85 % lors de la réunion du 3 novembre.

Fondamentaux

L'AUD bénéficie du repricing des taux, mais reste exposé à la correction des valeurs technologiques mondiales. Une aggravation du mouvement risk-off pourrait temporairement dominer son avantage de rendement.

Conclusion

L'AUD conserve le soutien monétaire le plus clair parmi les devises cycliques. La décision de mardi constitue toutefois un risque de type « acheter la rumeur, vendre la nouvelle » si la hausse est presque entièrement intégrée avant la réunion.

Biais AUD

Haussier.

CAD — Un soutien monétaire toujours dépendant du pétrole

Politique monétaire

La Banque du Canada a relevé son taux de 25 points de base à 2,50 %, afin de limiter la transmission des coûts énergétiques au reste de l'économie.

L'inflation canadienne atteint 3,1 % en septembre, principalement sous l'effet d'une hausse de 27,8 % de l'essence. Hors essence, elle ralentit à 2,2 %.

La Banque laisse la porte ouverte à une nouvelle hausse, mais souhaite avancer avec prudence face aux capacités inutilisées et aux tensions commerciales avec les États-Unis.

Fondamentaux

Le CAD bénéficie des prix élevés du pétrole et du différentiel de taux. Son soutien reste cependant dépendant de la durée du choc énergétique : une détente durable du brut affaiblirait simultanément les anticipations d'inflation et les termes de l'échange canadiens.

Conclusion

Le CAD reste soutenu, mais son avantage est moins autonome que celui de l'AUD ou du JPY. Le pétrole demeure son principal arbitre.

Biais CAD

Légèrement haussier.

Hiérarchie fondamentale

Devises les mieux soutenues : AUD et JPY. Soutien conditionnel : CAD, dépendant du pétrole. Devises tactiques : EUR légèrement soutenu par la faiblesse de l'USD ; USD neutre malgré des fondamentaux internes solides.

Scénarios à surveiller

EUR/USD : le rebond peut se prolonger si les rendements américains continuent de reculer et si le spread OAT-Bund reste stable. Une reprise des valeurs technologiques américaines ou un nouvel élargissement du risque français invaliderait ce scénario.

AUD/USD : la divergence de politique monétaire est plus solide, avec une RBA proche d'une hausse et une Fed ayant marqué une pause. Le principal risque vient d'une aggravation du mouvement risk-off ou d'une hausse déjà totalement intégrée avant mardi.

USD/JPY : le signal de la BoJ devient plus hawkish, mais la baisse de la paire nécessite une poursuite du recul des rendements américains ou un calendrier plus explicite pour décembre.

Agenda

Aujourd'hui — Publication de la première estimation du PIB de la zone euro · 3 novembre — Décision de la RBA et élections américaines de mi-mandat · 4 novembre — Budget fédéral canadien · 9 décembre — Décisions de la Fed, de la Banque du Canada et de la RBNZ · 17-18 décembre — Réunion de la Banque du Japon.


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