La Banque du Japon a relevé son taux directeur de 25 points de base à 1,25 %, comme attendu. Mais cette hausse s'est accompagnée d'un vote partagé et d'une communication jugée trop prudente pour satisfaire les anticipations particulièrement hawkish du marché.
Le yen s'est donc affaibli malgré la hausse des taux, ramenant l'USD/JPY au-dessus de 157. Cette réaction rappelle une règle importante : une décision ne soutient une devise que lorsqu'elle dépasse ce qui était déjà intégré.
BOJ — Une hausse attendue, mais deux dissidences accommodantes
La BoJ a adopté la hausse par sept voix contre deux. Toichiro Asada et Ayano Sato, récemment nommés par la Première ministre Sanae Takaichi, ont voté en faveur du maintien. Selon eux, la banque centrale aurait dû attendre davantage de preuves montrant que l'inflation est alimentée par les salaires et la demande intérieure, plutôt que principalement par une hausse temporaire des coûts.
Ces dissidences ne remettent pas immédiatement en cause la normalisation monétaire. Elles montrent cependant qu'un nouveau relèvement avant la fin de l'année pourrait être plus difficile à faire adopter, surtout si l'inflation ralentit ou si la croissance se fragilise.
UEDA — La porte reste ouverte, mais sans urgence
Kazuo Ueda a confirmé que la BoJ continuerait à relever ses taux si l'activité économique et les prix évoluent conformément à ses projections. Selon lui : l'économie japonaise devrait continuer de progresser modérément, l'inflation sous-jacente se rapproche de 2 %, les risques de dépassement de la cible augmentent, les conditions financières restent accommodantes, et chaque décision sera prise réunion par réunion.
Ueda a également déclaré que la phase de conduite de la politique monétaire avait changé. Cette formulation peut laisser entendre que la BoJ est entrée dans une étape plus avancée de sa normalisation. Mais il a immédiatement refusé de s'engager sur un calendrier ou un rythme précis. Il souhaite éviter une hausse trop brutale des taux et un resserrement excessif des conditions financières.
SALAIRES — Le prochain véritable test est déjà identifié
Ueda a de nouveau insisté sur les négociations salariales du printemps 2027. Elles seront déterminantes pour savoir si l'inflation peut durablement se stabiliser autour de 2 %.
Cette prudence pose un problème au marché. Les investisseurs espéraient que la BoJ accélère son resserrement face à la hausse des prix et aux pressions sur le yen. Or, attendre davantage de confirmation salariale réduit la probabilité de hausses rapprochées. La BoJ conserve donc un biais haussier sur ses taux, mais refuse toujours d'en préciser la vitesse.
JPY — Pourquoi le yen baisse malgré la hausse
Le yen s'est affaibli jusqu'à environ 157,10 face au dollar, soit près d'un yen au-dessus de son niveau précédant l'annonce. La hausse de 25 points de base était déjà entièrement intégrée. Pour renforcer durablement le yen, la BoJ devait confirmer un cycle beaucoup plus agressif ou ouvrir clairement la porte à une nouvelle hausse dès octobre ou décembre. Elle ne l'a pas fait.
Les deux dissidences accommodantes, l'importance donnée aux futures négociations salariales et l'absence de calendrier précis ont déclenché une correction des positions haussières sur le yen. L'USD/JPY pourrait ainsi évoluer vers 157–160 si le pétrole reste élevé et si les anticipations d'une nouvelle hausse de la Fed en octobre continuent de progresser.
USD — Le pétrole reprend le volant
La baisse récente du pétrole a légèrement freiné la progression du dollar après le FOMC. Le Brent a reculé vers 103–104 dollars, alors que les marchés espèrent l'ouverture de nouvelles routes d'approvisionnement et de possibles avancées diplomatiques. Toutefois, le pétrole reste supérieur à 100 dollars et affiche encore une hausse proche de 15 % depuis le début du mois. Les tensions entre l'Arabie saoudite et les Houthis, ainsi que les difficultés persistantes autour des flux régionaux, empêchent encore d'envisager une normalisation rapide.
Le calendrier américain étant relativement calme, le pétrole devrait devenir le principal moteur du dollar à court terme. Le message hawkish de la Fed permet désormais au marché d'intégrer pleinement une hausse en octobre si les prochaines données ou l'énergie le justifient. La probabilité d'un relèvement le mois prochain est remontée autour de 53 %, contre environ 27 % une semaine auparavant. Tant que le pétrole reste élevé, les risques demeurent orientés vers un dollar plus fort.
EUR — Une croissance résiliente, mais des anticipations d'inflation préoccupantes
Christine Lagarde estime que les perspectives de croissance sont légèrement plus favorables qu'anticipé, tout en rappelant que les décisions sur les taux seront prises réunion par réunion. Le signal le plus préoccupant vient des anticipations d'inflation des consommateurs. Celles à un an atteignent désormais 3 %, tandis que les anticipations à trois ans progressent à 2,9 %.
Ces niveaux renforcent le risque que le choc énergétique influence durablement la formation des prix et des salaires. Kaasik a ainsi insisté sur la nécessité d'empêcher l'apparition d'effets de second tour. Le niveau exact du taux neutre devient moins important à court terme : la priorité de la BCE reste de préserver l'ancrage des anticipations d'inflation.
Le commissaire européen Valdis Dombrovskis souligne parallèlement la résilience de l'économie. La question d'une taxe exceptionnelle liée à l'énergie sera abordée, mais aucune proposition à l'échelle de l'Union européenne n'est prévue pour le moment.
Le ton demeure donc globalement hawkish, mais sans engagement sur une nouvelle hausse. La résilience de l'économie et la remontée des anticipations soutiennent l'euro, tandis que le pétrole élevé et l'avantage de taux du dollar continuent de limiter son potentiel. L'EUR/USD se stabilise autour de 1,149, mais un test de 1,140 reste possible si le pétrole repart à la hausse ou si les anticipations de resserrement de la Fed progressent davantage.
GBP — La BoE ouvre la porte à novembre
La Banque d'Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 %, par six voix contre trois. Trois membres ont voté en faveur d'une hausse. Parmi les six membres favorables au maintien, quatre ont néanmoins indiqué qu'un resserrement pourrait devenir nécessaire si les prix de l'énergie restent élevés. Une hausse en novembre dépendra donc principalement de l'évolution du pétrole et du gaz naturel.
La BoE prévoit désormais que l'inflation pourrait dépasser légèrement 4 % au début de 2027. Ce seuil est important, car il augmente statistiquement le risque d'effets de second tour sur les salaires et les autres prix. Pour autant, ces effets ne sont pas encore visibles. Le marché du travail ralentit, les pressions salariales se modèrent et les secteurs sensibles aux taux montrent déjà des signes de faiblesse. Une hausse en novembre resterait donc principalement une mesure préventive de gestion des risques, plutôt que la réponse à une surchauffe généralisée de l'économie.
Obligations britanniques — la véritable surprise de la BoE
La plus grande surprise est venue du programme de réduction du bilan. La BoE a suspendu ses ventes actives d'obligations jusqu'en avril prochain. Elle conservera également jusqu'à leur échéance une partie importante de ses titres à très long terme, tandis que d'autres obligations seront progressivement transférées au bureau de gestion de la dette britannique plutôt que vendues directement sur le marché.
Cette modification réduit la pression sur les obligations longues. Le rendement britannique à 30 ans a reculé d'environ 12 points de base après l'annonce. La mesure protège partiellement le marché obligataire avant le budget du 28 octobre et réduit certains risques pour la livre, même si elle ne constitue pas directement un assouplissement des taux directeurs.
Royaume-Uni — la consommation surprend positivement
Les ventes au détail britanniques ont progressé de 0,5 % en août, contre une baisse de 0,2 % attendue. Hors automobiles et carburants, elles augmentent de 0,6 %, là encore bien au-dessus du consensus. Cette publication montre que les consommateurs ont conservé une certaine résistance durant l'été. Elle soutient légèrement la livre et les anticipations de hausse de la BoE. Il reste toutefois à déterminer si cette dynamique pourra se maintenir pendant l'hiver, lorsque la hausse des factures énergétiques commencera à peser davantage sur le pouvoir d'achat.
Lecture globale
La hausse de la BoJ ne suffit pas à renforcer le yen parce que le marché attendait davantage qu'une simple décision de 25 points de base. Il voulait une confirmation claire d'un rythme plus rapide de resserrement. À la place, il a obtenu deux dissidences, un discours prudent et une nouvelle attente autour des salaires.
Dans le même temps, la Fed conserve une longueur d'avance. Sa communication hawkish, la possibilité d'une nouvelle hausse en octobre et le maintien du pétrole au-dessus de 100 dollars donnent toujours un avantage structurel au dollar. La BCE et la BoE conservent également un biais restrictif, mais restent confrontées à un choc énergétique qu'elles ne peuvent pas directement résoudre par les taux.
À retenir
La BoJ relève ses taux, mais ne relève pas suffisamment les attentes. Tant que la Fed paraît plus déterminée et que le pétrole reste élevé, le yen demeure exposé.
À surveiller aujourd'hui
L'évolution de l'USD/JPY autour de 157 · Les commentaires supplémentaires de Kazuo Ueda · Les interventions de Bowman et Schmid de la Fed · Le Brent autour de 103–104 dollars · La capacité de l'EUR/USD à défendre 1,140–1,150 · La réaction de la livre aux ventes au détail et au nouveau plan obligataire de la BoE
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