La séance asiatique s'est déroulée dans un environnement nettement Risk-Off. La correction des valeurs technologiques s'est intensifiée, tandis que le Nikkei et le Kospi ont fortement reculé. Le Bitcoin est brièvement passé sous 81 000 dollars et l'or a retrouvé une demande défensive.
Pourtant, le principal signal est venu du marché obligataire. Après leur hausse post-CPI, les bons du Trésor ont fortement rebondi : le rendement américain à dix ans est revenu autour de 5,11 %, contre un sommet proche de 5,33 % la veille.
Cette détente a fait reculer le DXY vers 102, malgré une inflation américaine supérieure aux attentes. Le marché ne conteste pas le besoin d'un nouveau resserrement, mais continue de privilégier décembre plutôt qu'octobre.
USD — Un CPI chaud ne suffit pas encore à imposer octobre
L'énergie explique une grande partie de l'accélération : l'indice énergétique a progressé de 5,2 %, tandis que l'essence a bondi de 9,1 %. Mais la surprise ne se limite pas au pétrole. Les biens de base, le logement et plusieurs services ont également progressé, portant le « supercore » autour de 3,1 % sur un an.
La réaction initiale a été hawkish. La probabilité d'une hausse en octobre est passée d'environ 21 % à près de 47 %, avant de retomber autour de 30 %. Le marché estime désormais qu'une hausse en décembre est presque entièrement intégrée. Citigroup prévoit également une augmentation de 25 points de base en décembre, suivie d'un statu quo jusqu'en juin 2027.
Cette hésitation sur octobre s'explique par deux éléments. Premièrement, plusieurs responsables de la Fed reconnaissent que l'inflation est trop élevée sans réclamer une intervention immédiate. Mary Daly estime que de nouvelles hausses seront probablement nécessaires, mais ne voit pas d'urgence à agir en octobre. Austan Goolsbee a qualifié le CPI de « décourageant », tout en rappelant qu'une décision ne peut pas reposer sur une publication isolée.
Deuxièmement, la diffusion de l'inflation semble moins inquiétante que le chiffre global. La proportion des composantes progressant à un rythme annualisé supérieur à 3 % sur six mois serait revenue autour de 40 %, contre environ 55 % plus tôt cette année. La hausse des prix demeure forte, mais elle devient potentiellement moins généralisée.
Le Livre beige confirme une économie déséquilibrée
Le Livre beige présente une activité toujours positive, mais moins homogène : neuf districts sur douze ont enregistré une croissance, les dépenses de consommation ont peu évolué, l'emploi est resté globalement stable, quatre districts ont signalé une accélération des hausses de prix, et le diesel et l'énergie restent les principales sources de pression.
La Fed fait donc face à une économie qui continue de croître, mais dont la consommation et l'emploi montrent des signes de modération, tandis que les coûts restent élevés.
Le PPI, les ventes au détail et les inscriptions au chômage seront déterminants aujourd'hui. Un PPI élevé accompagné de ventes solides pourrait replacer octobre dans la course. À l'inverse, une consommation faible renforcerait l'idée d'attendre décembre.
Le discours de Kevin Warsh vendredi constituera ensuite le dernier grand test avant le début de la période de silence de la Fed.
Biais USD
Légèrement haussier, mais plus fragile tant que les rendements continuent de reculer.
EUR — Le rebond ne règle aucun problème européen
L'EUR/USD est revenu autour de 1,1200, principalement grâce au recul du dollar et des rendements américains.
La BCE estime que le choc énergétique ne se diffuse pas encore largement au reste de l'économie. La part des biens et services connaissant de fortes hausses de prix serait globalement stable depuis près de deux ans. Cela permet à la banque centrale de conserver une approche prudente malgré l'accélération de l'inflation globale.
Les comptes rendus de septembre confirment que les risques inflationnistes sont orientés à la hausse, mais la BCE refuse de préannoncer ses prochaines décisions. Certains membres estiment également que le resserrement des conditions de marché pourrait réduire le travail nécessaire sur les taux.
Cette prudence laisse l'euro sans soutien monétaire immédiat. Les risques budgétaires français restent par ailleurs présents et continuent de limiter la capacité de la BCE à durcir fortement sa politique.
Biais EUR
Légèrement baissier. Le rebond actuel reste essentiellement lié au dollar.
GBP — La livre reste mieux protégée que l'euro
La livre profite du recul du dollar et d'anticipations toujours restrictives concernant la Banque d'Angleterre.
Trois membres avaient déjà voté en faveur d'une hausse en septembre. Toutefois, Huw Pill juge excessif le scénario de quatre augmentations au cours des douze prochains mois. Le marché pourrait donc avoir intégré une trajectoire plus agressive que celle que la BoE est réellement prête à suivre.
La devise conserve néanmoins un avantage relatif face à l'euro, la Banque d'Angleterre étant davantage confrontée aux risques de second tour du choc énergétique.
Biais GBP
Neutre face au dollar, légèrement haussier face à l'euro.
JPY — Rendements américains, BoJ et intervention jouent dans le même sens
Le yen a atteint son meilleur niveau depuis une semaine, ramenant l'USD/JPY vers 157,60, après avoir approché 159 la veille.
Trois facteurs soutiennent actuellement la devise : le recul des rendements américains, les nouveaux avertissements d'intervention de Tokyo, et la communication plus hawkish de Junko Koeda.
La membre de la BoJ estime que la banque centrale ne doit pas devenir excessivement prudente. Selon elle, l'inflation sous-jacente s'installe autour de 2 %, plus de 70 % des composantes du CPI progressent sur un an et le taux neutre pourrait se situer nettement au-dessus du taux directeur actuel de 1,25 %.
Une hausse consécutive en octobre reste peu probable, mais le scénario de décembre gagne en crédibilité. La dépendance énergétique du Japon et les tensions au Moyen-Orient continuent toutefois de limiter la force du yen.
Biais JPY
Légèrement haussier, tant que les rendements américains restent sous pression.
AUD — Le marché du travail éloigne une nouvelle hausse de la RBA
L'emploi australien a reculé de 39 300 postes en septembre, contre une progression de 20 000 attendue. La baisse provient de la destruction de 73 700 emplois à temps partiel, malgré une augmentation de 34 400 postes à temps plein.
Le taux de chômage s'est maintenu à 4,7 %, son niveau le plus élevé depuis cinq ans, tandis que le taux de participation a reculé de 67 % à 66,8 %.
La baisse de la participation limite mécaniquement la hausse du chômage, ce qui rend le rapport moins rassurant qu'il n'y paraît. Le marché a réduit la probabilité d'une hausse de la RBA en novembre autour de 15 %.
L'ABS appelle à la prudence en raison de la volatilité des données, mais la tendance du trimestre montre tout de même un refroidissement du marché du travail.
Biais AUD
Baissier, notamment face au NZD et au JPY.
NZD — La RBNZ conserve son biais de resserrement
La Nouvelle-Zélande se distingue désormais nettement de l'Australie.
L'économiste en chef de la RBNZ, Paul Conway, a déclaré que la décision de fin octobre restait entièrement ouverte entre un maintien et une hausse de 25 points de base. La banque considère toujours que le prochain mouvement du taux directeur sera plus probablement une hausse qu'une baisse.
Le pétrole et la faiblesse passée du NZD alimentent les pressions inflationnistes à court terme, même si la RBNZ continue d'anticiper un retour de l'inflation dans sa cible l'année prochaine.
La divergence entre une RBA freinée par l'emploi et une RBNZ encore ouverte au resserrement soutient particulièrement le NZD face à l'AUD.
Biais NZD
Légèrement haussier, principalement face à l'AUD.
CAD — Le soutien pétrolier devient moins évident
Le dollar canadien perd une partie de son soutien alors que le WTI recule vers 93 dollars.
La prime géopolitique reste élevée, mais Washington cherche activement à réduire les coûts de transport et à améliorer l'approvisionnement. Cette évolution pourrait limiter les bénéfices du pétrole pour le CAD, tandis que le différentiel de rendement reste favorable au dollar américain.
Biais CAD
Neutre à légèrement baissier.
CHF — Les flux défensifs compensent partiellement la BNS
La correction des marchés actions et les risques géopolitiques soutiennent le franc. Celui-ci bénéficie également des inquiétudes budgétaires persistantes en zone euro.
Cependant, la BNS conserve un taux directeur nul et ne montre pas d'urgence à resserrer sa politique. Le CHF devrait donc continuer de mieux résister face à l'euro que face au dollar.
Biais CHF
Haussier face à l'euro, neutre face au dollar.
Pétrole — La détente logistique affronte le risque militaire
Le WTI recule vers 93 dollars après cinq séances de progression.
L'administration américaine envisage d'assouplir les sanctions visant certains pétroliers de la « flotte fantôme » afin de réduire les coûts de fret et de faciliter les exportations depuis le Golfe. L'effet réel pourrait néanmoins rester limité en raison des contraintes imposées par les règles européennes et britanniques sur l'assurance maritime.
Les fondamentaux physiques restent également tendus. L'API estime que les stocks américains de brut ont chuté de 11,12 millions de barils, très au-delà des attentes.
Parallèlement, les risques géopolitiques restent considérables : attaques houthis contre l'Arabie saoudite, nouvelles perturbations maritimes près d'Ormuz, frappes contre des raffineries russes, et informations non confirmées concernant l'évacuation de bases militaires iraniennes face au risque d'une nouvelle attaque américaine.
Washington tente de réduire la prime logistique, mais ne contrôle pas encore la prime militaire.
Biais pétrole
Neutre à court terme, structurellement haussier et très volatil.
Or — Le recul des rendements relance la demande
L'or a rebondi d'environ 40 dollars pendant la séance asiatique, profitant simultanément de la baisse du dollar, du recul des rendements et de la correction des actifs risqués.
Les spéculations selon lesquelles la Chine détiendrait davantage de dette américaine par l'intermédiaire de dépositaires étrangers ont également rassuré temporairement le marché obligataire. Cette hypothèse reste toutefois non confirmée.
Le principal moteur de l'or demeure la trajectoire des rendements américains. Un PPI élevé et des ventes au détail solides pourraient relancer les taux et interrompre le rebond. À l'inverse, des données plus faibles renforceraient la demande pour le métal.
Biais or
Légèrement haussier, conditionné par la poursuite de la détente obligataire.
À surveiller aujourd'hui
PPI américain · Ventes au détail américaines · Demandes initiales d'allocations chômage · Réaction du rendement américain à deux ans · Nouvelles probabilités d'une hausse en octobre · Stocks officiels de pétrole de l'EIA · Confirmation ou démenti des informations concernant l'Iran · Vendredi : intervention de Kevin Warsh avant le blackout de la Fed.
À retenir
Le CPI a confirmé que l'inflation américaine reste trop élevée et a quasiment consolidé le scénario d'une hausse en décembre. Il n'a cependant pas suffi à imposer une action dès octobre. Le recul des rendements montre que le marché tient compte de trois contrepoids : une inflation moins largement diffusée, une consommation qui ralentit et une Fed qui ne veut pas réagir mécaniquement à chaque surprise.
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