Après une semaine dominée par les banques centrales, l'attention des marchés se déplace vers l'Assemblée générale des Nations Unies et les éventuelles négociations entre les États-Unis et l'Iran.
Les espoirs de désescalade ont permis au Brent de repasser brièvement sous les 100 dollars lundi. Le pétrole rebondit toutefois aujourd'hui au-dessus de 102 dollars le baril, dans un mouvement qui ressemble davantage à des rachats de positions vendeuses qu'à un changement fondamental de tendance. Les tensions régionales restent élevées et les prix devraient demeurer particulièrement sensibles aux déclarations provenant de New York.
Pétrole — la diplomatie peut rapidement changer le scénario
Donald Trump s'est déclaré ouvert à une rencontre avec le président iranien Masoud Pezeshkian, présent à New York pour l'Assemblée générale de l'ONU. Les marchés surveilleront également les discussions avec les dirigeants du Golfe.
Un signal de négociation crédible réduirait la prime de risque géopolitique, exercerait une pression baissière sur le pétrole et atténuerait les anticipations de resserrement monétaire. À l'inverse, des propos plus agressifs ou l'échec des discussions pourraient rapidement replacer le risque d'approvisionnement au premier plan.
Pour l'instant, l'augmentation des exportations saoudiennes à travers le détroit d'Ormuz contribue à rassurer le marché. Environ 14 millions de barils auraient été chargés dimanche, tandis que les expéditions par le détroit ont atteint leur plus haut niveau depuis six mois. Cette amélioration est toutefois partiellement compensée par la situation en Libye, où la production du champ de Sharara aurait diminué d'environ 200 000 barils par jour après la fermeture d'une vanne stratégique.
Le pétrole reste donc pris entre deux forces : davantage de barils disponibles à court terme, mais un risque géopolitique qui demeure suffisamment important pour empêcher une détente durable.
Dollar — la Fed maintient la pression
Le dollar a commencé la semaine sur une base solide malgré la baisse initiale du pétrole et l'amélioration du sentiment de risque. Cette résistance s'explique principalement par le ton hawkish adopté par plusieurs responsables de la Réserve fédérale.
Austan Goolsbee a averti que les chocs d'offre devenaient plus fréquents, plus persistants et plus difficiles à ignorer. Il s'inquiète également d'une demande toujours robuste, notamment à travers les investissements liés à l'intelligence artificielle.
Alberto Musalem a renforcé ce message en estimant qu'un resserrement précoce et progressif serait préférable à une intervention plus tardive et plus brutale. Selon lui, la politique monétaire demeure encore accommodante et de nouvelles hausses pourraient être nécessaires pour ramener durablement l'inflation vers 2 %.
Ces prises de parole montrent que la Fed ne considère pas la hausse de septembre comme une décision isolée. Le marché attribue désormais environ 55 % de probabilité à une nouvelle hausse de 25 points de base en octobre. L'indice du dollar évolue ainsi autour de 100,45, au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours. Tant que les anticipations de taux américains resteront élevées, le dollar devrait conserver un plancher relativement solide.
Yen — l'écart de taux reste trop important
Le yen demeure sous pression après la hausse de taux accommodante de la Banque du Japon. L'USD/JPY évolue autour de 157,50, malgré la progression du taux directeur japonais à 1,25 %.
Le principal problème reste l'écart de taux entre les États-Unis et le Japon, proche de 275 points de base. La Fed signale qu'elle pourrait encore resserrer sa politique, tandis que la BoJ insiste sur une normalisation graduelle et fortement dépendante des données. Les deux votes dissidents observés lors de la dernière réunion renforcent également les doutes concernant la capacité de la Banque du Japon à accélérer son cycle de hausse.
Le marché n'attribue qu'environ 30 % de probabilité à une nouvelle hausse de la BoJ en octobre. Cette différence de rythme continue donc de soutenir les opérations de portage financées en yen.
Le risque d'intervention limite cependant la progression de l'USD/JPY. Les autorités japonaises auraient vérifié les taux de change auprès des banques vendredi, une pratique parfois utilisée avant une intervention directe. Un retour vers 160 reste néanmoins possible si la Fed conserve son ton hawkish et si la BoJ ne parvient pas à convaincre le marché qu'elle peut agir plus rapidement.
Euro — la BCE soutient la monnaie, la France la fragilise
Les responsables de la BCE maintiennent un ton hawkish et laissent ouverte la possibilité d'une nouvelle hausse en octobre. Philip Lane estime que la seconde vague de hausse des prix de l'énergie pourrait rendre l'inflation plus élevée et plus persistante, même si les pressions dans les services devraient rester contenues.
Ce message apporte un certain soutien à l'euro, mais il ne suffit pas à neutraliser complètement la remontée des anticipations de taux américains. L'EUR/USD évolue autour de 1,146–1,148, tandis que l'écart de taux à deux ans entre les États-Unis et la zone euro s'est de nouveau élargi vers 150 points de base. À court terme, un test de 1,140 reste possible, avec une zone de soutien plus importante autour de 1,132–1,133.
Le risque budgétaire français constitue également un nouveau point de vigilance. L'écart entre les rendements français et allemands à dix ans a dépassé 100 points de base, tandis que les investisseurs doutent de la capacité de la France à réduire durablement son déficit. Pour l'instant, l'impact sur l'euro reste limité. Une nouvelle dégradation du marché obligataire français pourrait toutefois commencer à peser davantage sur la monnaie unique.
Australie et Nouvelle-Zélande — le ton se durcit aussi
La gouverneure de la Banque de réserve d'Australie, Michele Bullock, estime que les risques inflationnistes commencent à se matérialiser, à la fois en raison du choc énergétique et de la demande excédentaire domestique. Elle insiste surtout sur le risque d'effets de second tour, c'est-à-dire la possibilité que la hausse initiale des coûts énergétiques se propage aux salaires et aux prix du reste de l'économie. Le marché attribue désormais une probabilité très élevée à une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 29 septembre.
En Nouvelle-Zélande, Anna Breman a également reconnu qu'une hausse persistante du pétrole entraînerait une inflation supérieure aux précédentes prévisions. Ces commentaires ont soutenu le dollar néo-zélandais, même si son rendement reste inférieur à celui du dollar américain.
À surveiller aujourd'hui
Le discours de Donald Trump devant l'Assemblée générale des Nations Unies · Les éventuels échanges entre Washington, Téhéran et les dirigeants du Golfe · La réaction du Brent autour de 100 dollars · Les interventions de John Williams, Philip Jefferson et Tom Barkin pour la Fed · Les prises de parole de Christine Lagarde et de plusieurs membres de la BCE · Le risque d'intervention japonaise si l'USD/JPY se rapproche de 160 · L'évolution de l'écart entre les obligations françaises et allemandes
À retenir
La baisse temporaire du pétrole n'a pas suffi à affaiblir durablement le dollar, car la Fed continue de préparer le marché à de nouvelles hausses. Une véritable détente du billet vert nécessiterait désormais un signal diplomatique suffisamment crédible pour faire reculer durablement l'énergie et réduire les anticipations de resserrement monétaire.
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