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Quotidien · 25 septembre 2026

Alpha Quotidien : La diplomatie rassure, mais la Fed protège encore le dollar

Les signes d'apaisement entre Washington, Téhéran et Pékin soutiennent le sentiment de risque, mais la hausse des rendements et le biais hawkish de la Fed maintiennent le dollar en position de force.

Alpha Quotidien : La diplomatie rassure, mais la Fed protège encore le dollar
Alam Cheikh

Alam Cheikh

25 septembre 2026 · 9 minutes

Les marchés commencent à percevoir quelques signes d'apaisement diplomatique, aussi bien entre les États-Unis et l'Iran qu'entre Washington et Pékin. Toutefois, les investisseurs refusent encore de considérer ces déclarations comme de véritables résolutions.

Cette prudence explique la configuration actuelle : le pétrole corrige, certains actifs risqués tentent de rebondir, mais les rendements obligataires restent élevés et le dollar conserve l'essentiel de ses gains.

Géopolitique et pétrole — de meilleures paroles, toujours aucun accord

Les déclarations américaines et iraniennes sont devenues moins hostiles, mais elles restent contradictoires. Donald Trump affirme désormais que l'Iran souhaite reprendre les discussions, après avoir pourtant menacé quelques jours plus tôt de frapper massivement le pays en cas d'échec des négociations. De son côté, Téhéran se dit prêt à rouvrir le détroit d'Ormuz dans un délai de sept jours, mais seulement si Washington réduit sa pression militaire et lève le blocus visant les ports iraniens.

Des discussions porteraient désormais sur un accord progressif permettant une réouverture partielle du détroit. Cette perspective a fait reculer le pétrole, avec un WTI repassant sous 92 dollars. Mais le mouvement est resté limité : les précédentes tentatives diplomatiques ont échoué et les attaques houthis contre l'Arabie saoudite entretiennent le risque d'une nouvelle perturbation de l'offre.

Le marché a donc raison de ne pas intégrer immédiatement une désescalade totale. Pour le moment, nous observons surtout une amélioration de la communication, pas encore une amélioration vérifiable de la situation.

L'approche des élections américaines de mi-mandat pourrait également encourager Donald Trump à privilégier une posture plus diplomatique. Les électeurs ne renouvelleront pas directement son mandat présidentiel, mais le résultat déterminera le contrôle du Congrès et influencera fortement son capital politique. Une escalade militaire avant le scrutin présenterait donc un risque intérieur important.

Notre lecture est que Trump semble désormais avoir compris que l'Iran ne cédera pas uniquement sous la pression verbale. Cependant, accepter les conditions iraniennes serait également politiquement difficile pour Washington. Cette incompatibilité explique pourquoi le scénario d'un accord reste possible, mais loin d'être acquis.

États-Unis–Chine — une trêve, pas encore une résolution

La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a permis de prolonger de deux mois la trêve commerciale, désormais valable jusqu'au 10 janvier. Cette décision réduit le risque immédiat d'une nouvelle escalade tarifaire et offre davantage de visibilité aux entreprises. Elle constitue donc une bonne nouvelle pour les actions, les matières premières industrielles et les devises sensibles à la croissance mondiale.

Cependant, les principaux différends restent ouverts : les droits de douane, les achats agricoles américains, les exportations chinoises de terres rares, les restrictions technologiques, l'intelligence artificielle, et surtout Taïwan.

Avant le sommet, les attentes étaient déjà davantage orientées vers la préservation de la stabilité que vers un accord historique. La réunion a donc permis de gagner du temps, mais pas de mettre fin à la rivalité commerciale et stratégique entre les deux puissances.

USD et obligations — les taux protègent encore le dollar

Le principal moteur du dollar n'est plus uniquement le pétrole : c'est désormais le marché obligataire. Le rendement américain à dix ans a dépassé 5,22 %, tandis que celui à trente ans a atteint environ 5,50 %, son niveau le plus élevé depuis 2004. Cette vente massive des obligations augmente le rendement offert par les actifs américains, resserre les conditions financières mondiales et encourage les flux vers le dollar.

Le DXY évolue ainsi autour de 101,2, après avoir gagné plus de 1 % sur la semaine. La probabilité implicite d'une hausse de la Fed en octobre se situe désormais autour de 67–70 %, contre seulement 11 % environ un mois auparavant.

Les responsables de la Fed entretiennent cette réévaluation. Anna Paulson estime qu'un resserrement supplémentaire pourrait être nécessaire si l'économie continue d'évoluer conformément aux prévisions. John Williams considère également qu'une nouvelle hausse avant la fin de l'année reste raisonnable.

La vigueur de l'économie, la résilience de l'emploi et les risques inflationnistes donnent à la Fed davantage de marge que plusieurs autres banques centrales. Alberto Musalem a notamment expliqué que la demande persistante et les chocs d'offre récurrents maintenaient les risques inflationnistes à un niveau élevé. La déclaration du dernier FOMC est également explicite : la hausse de septembre doit permettre un retour plus rapide de l'inflation vers l'objectif de 2 %.

Une nuance importante concerne néanmoins l'inflation sous-jacente. Le core CPI exclut directement l'énergie et l'alimentation. Il est donc normal qu'il ne reproduise pas instantanément la flambée du pétrole. Le véritable risque pour la Fed vient des effets indirects : hausse des coûts de transport, renchérissement des intrants, répercussion sur les prix de vente et éventuels effets de second tour sur les salaires.

Autrement dit, la banque centrale ne regarde pas seulement l'inflation déjà publiée. Elle doit également anticiper ce que le choc énergétique peut produire dans les prochains mois. La Fed pourrait continuer à resserrer sa politique par les taux, mais aucun nouveau quantitative tightening n'a été annoncé. Au contraire, la note d'application de septembre prévoit le maintien de réserves abondantes et le réinvestissement des remboursements de titres. Le principal outil de resserrement reste donc actuellement le taux directeur.

Marchés — une détente favorable aux actions, pas forcément défavorable au dollar

Une amélioration géopolitique peut produire des réactions différentes selon les classes d'actifs. Les actions pourraient profiter de la prolongation de la trêve commerciale sino-américaine, d'un éventuel recul du pétrole, d'un apaisement du risque militaire et d'une amélioration des perspectives de croissance.

L'or et les cryptomonnaies pourraient également rebondir si l'appétit pour le risque revient ou si les inquiétudes budgétaires persistent. Mais la hausse des rendements réels représente toujours un frein important, particulièrement pour l'or, qui ne verse aucun rendement.

Sur le Forex, le sentiment de risque ne suffit pas. Les devises restent également déterminées par les différentiels de taux, les trajectoires économiques et les orientations des banques centrales. Il devient donc possible d'observer simultanément une progression des actions, une stabilisation ou une hausse de l'or, et un dollar toujours ferme face à l'euro, au yen, au franc ou au kiwi. Ce comportement ne serait pas contradictoire — il traduirait simplement une déconnexion temporaire entre le sentiment de risque et les différentiels monétaires.

EUR — la croissance résiste, mais les risques français pèsent

L'EUR/USD évolue autour de 1,1370, son niveau le plus faible depuis environ deux mois. Les récents PMI et l'indice Ifo ont confirmé une certaine amélioration de l'activité européenne. Cependant, ces données positives ne compensent pas encore l'avantage américain en matière de rendement.

La situation budgétaire française reste également préoccupante. L'écart entre les obligations françaises et allemandes à dix ans évolue autour de 110 points de base. Les informations selon lesquelles Marine Le Pen pourrait soutenir le budget afin d'éviter une crise obligataire n'ont apporté qu'un soulagement limité.

La zone 1,1320–1,1330 constitue désormais le prochain support important pour l'EUR/USD. Une nouvelle hausse du pétrole ou des données américaines supérieures aux attentes pourraient rapidement provoquer un test de cette zone.

JPY — le risque d'intervention limite l'USD/JPY

Le yen a retrouvé un peu de soutien autour de 158,10 pour un dollar, après les nouvelles mises en garde des autorités japonaises. La ministre des Finances Satsuki Katayama affirme que Donald Trump a lui-même exprimé son inquiétude face à la faiblesse du yen. Cette déclaration renforce la possibilité d'une nouvelle intervention coordonnée entre les États-Unis et le Japon si l'USD/JPY se rapproche de 160.

La hausse des taux américains continue pourtant de soutenir la paire. Le marché se retrouve donc entre deux forces : des différentiels de taux favorables au dollar, mais un risque d'intervention de plus en plus difficile à ignorer.

CHF — la BNS ouvre la voie à une faiblesse supplémentaire

Le franc suisse a poursuivi son recul après la décision de la Banque nationale suisse de maintenir son taux à 0 %. Malgré la révision à la hausse des projections d'inflation, la BNS ne constate pas d'effets de second tour significatifs et considère toujours le choc énergétique comme temporaire. Elle a également retiré la référence à une « volonté accrue » d'intervenir, tout en conservant la possibilité d'agir sur le marché des changes.

Les marchés intègrent déjà une hausse des taux suisses d'ici mars, mais ces anticipations paraissent agressives par rapport au message envoyé par la banque centrale. Tant que les rendements mondiaux restent élevés, le franc pourrait donc continuer à sous-performer.

À surveiller

Les commandes de biens durables américaines · Les ventes au détail canadiennes · Les interventions de John Williams et Andrew Bailey · Les développements concrets concernant la réouverture d'Ormuz · L'évolution du Brent autour de 105 dollars · Les rendements américains à dix et trente ans · L'USD/JPY à l'approche de 160 · La décision de la Reserve Bank of Australia la semaine prochaine

À retenir

Les marchés disposent aujourd'hui de plusieurs raisons d'espérer une amélioration du sentiment : discussions américano-iraniennes, recul du pétrole et prolongation de la trêve commerciale entre Washington et Pékin. Mais ces éléments ne suffisent pas encore à remettre en cause la force du dollar. La Fed conserve un biais hawkish, l'économie américaine reste résiliente et les rendements obligataires offrent toujours un avantage majeur aux actifs américains. La diplomatie peut améliorer le sentiment — pour inverser durablement le dollar, il faudra également modifier les anticipations de taux.


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