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Quotidien · 29 septembre 2026

Alpha Quotidien : Ormuz relance le pétrole, Lagarde fragilise l'euro

Le rejet de la proposition iranienne maintient la prime géopolitique sur le pétrole. Le dollar reste soutenu, tandis que Lagarde tempère les anticipations de hausse de la BCE.

Alpha Quotidien : Ormuz relance le pétrole, Lagarde fragilise l'euro
Alam Cheikh

Alam Cheikh

29 septembre 2026 · 10 minutes

L'optimisme diplomatique observé la semaine dernière commence à s'estomper. Les États-Unis ont rejeté la proposition iranienne concernant la réouverture du détroit d'Ormuz, tandis que Téhéran maintient ses conditions et laisse entendre qu'un accord avant les élections américaines de mi-mandat reste peu probable.

Le Brent a brièvement atteint 109 dollars le baril avant de revenir vers 107 dollars. Cette remontée exerce une nouvelle pression sur les obligations mondiales et soutient indirectement le dollar à travers les anticipations d'inflation et de resserrement monétaire.

Dans le même temps, Christine Lagarde a adopté un ton plus prudent, réduisant la probabilité d'une hausse rapide de la BCE. L'euro perd ainsi une partie de son soutien monétaire, alors que la Fed conserve une position plus agressive.

Géopolitique et pétrole — le dialogue continue, mais les positions restent incompatibles

Le canal diplomatique n'est pas complètement fermé. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, affirme que Téhéran a discuté de plusieurs propositions avec des médiateurs qataris, chargés de les transmettre à Washington. La réponse américaine doit ensuite être communiquée à l'Iran par l'intermédiaire du Qatar. Toutefois, Téhéran continue de conditionner la réouverture du détroit d'Ormuz au respect des exigences formulées par le guide suprême iranien.

Ces conditions incluraient notamment la levée immédiate de certaines sanctions, le déblocage d'avoirs iraniens gelés, une réduction de la pression militaire américaine, ainsi qu'un assouplissement du blocus visant les ports iraniens. Donald Trump a rejeté cette proposition, considérant qu'elle accordait à l'Iran trop de concessions en échange d'une réouverture temporaire du détroit.

D'un point de vue stratégique, Washington refuse de reconnaître à Téhéran le droit de décider quand le commerce mondial peut circuler librement. Accepter une ouverture limitée à sept jours aurait pu renforcer le levier de négociation iranien et donner l'impression que la liberté de navigation constitue une monnaie d'échange. Mais ce refus comporte également un risque évident : il prolonge l'incertitude sur l'approvisionnement énergétique mondial et augmente la probabilité d'une nouvelle escalade militaire autour d'Ormuz.

L'Iran affirme avoir déjà proposé une solution pacifique et soutient que la prochaine décision appartient désormais aux États-Unis. Washington nie cependant avoir offert un allègement des sanctions ou un déblocage des fonds iraniens, malgré certaines informations de presse évoquant cette possibilité.

Le problème central reste donc celui du séquençage : quelle partie doit agir en premier ? L'Iran demande des concessions américaines avant de rouvrir complètement le détroit. Les États-Unis réclament, au contraire, des progrès concrets sur Ormuz et sur le programme nucléaire avant d'envisager un assouplissement de leur pression économique.

Ormuz — les flux augmentent, mais l'Iran veut préserver son influence

Malgré les tensions, les flux pétroliers à travers le détroit d'Ormuz se sont nettement redressés. Selon les données préliminaires de Kpler, les exportations de brut via le détroit devraient atteindre en moyenne 7,4 millions de barils par jour en septembre. Dix-neuf pétroliers auraient traversé la zone au cours de la semaine terminée le 27 septembre, dont dix-sept très grands transporteurs de brut.

Les exportations régionales incluant l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Irak, Oman, le Qatar, le Koweït et l'Iran ont atteint environ 12,8 millions de barils par jour, leur niveau le plus élevé depuis le début du conflit. Les pays du Golfe utiliseraient notamment un système de navettes pétrolières : des navires plus anciens ou moins coûteux traversent le détroit sous protection américaine, puis transfèrent leur cargaison vers d'autres pétroliers à l'extérieur de la zone à risque.

Cette organisation permet de restaurer une partie de l'offre, mais elle crée un nouveau problème pour Téhéran. Si Washington parvient à normaliser progressivement les flux tout en maintenant l'Iran sous sanctions et sous blocus, le levier stratégique iranien sur Ormuz perdra de sa puissance. C'est pourquoi Téhéran pourrait chercher à démontrer qu'il conserve la capacité de perturber la navigation. Les attaques iraniennes contre les navires pourraient devenir plus fréquentes ou plus agressives si les négociations échouent.

Le scénario le plus probable reste celui d'une escalade calibrée : suffisamment forte pour préserver la pression sur Washington et les marchés, mais pas au point de provoquer volontairement une guerre totale. Cette stratégie explique pourquoi le pétrole reste très sensible aux gros titres. L'augmentation des flux limite la pénurie immédiate, mais la probabilité d'un nouvel incident empêche la disparition de la prime géopolitique.

USD — le pétrole et les rendements maintiennent le dollar en position de force

Le dollar continue de bénéficier d'un environnement favorable. La remontée du pétrole augmente les risques inflationnistes, affaiblit le marché obligataire et renforce les anticipations de nouvelles hausses de la Fed. En parallèle, l'incertitude géopolitique soutient la demande pour les actifs américains.

Pour obtenir une correction durable du dollar, les marchés ont besoin d'une stabilisation des rendements obligataires. Or cette stabilisation dépend désormais en grande partie du pétrole et des négociations autour d'Ormuz. Tant que le Brent reste proche de 105–110 dollars et que la Fed conserve un biais hawkish, les risques demeurent orientés à la hausse pour le billet vert.

Le franc suisse reste particulièrement vulnérable. La communication accommodante de la Banque nationale suisse a réduit son attractivité monétaire, ce qui pourrait encourager les investisseurs à privilégier l'USD/CHF pour exprimer la divergence entre la Fed et les autres banques centrales. L'USD/JPY présente également un potentiel haussier lié aux taux américains, mais le risque d'intervention japonaise rend cette position plus dangereuse à proximité de 160.

Les données américaines vont maintenant revenir au premier plan : la confiance des consommateurs de septembre, les offres d'emploi JOLTS du mois d'août, l'évolution des rendements américains, ainsi que les anticipations concernant la réunion de la Fed d'octobre. Une nouvelle série de données solides pourrait renforcer la probabilité d'une hausse en octobre. À l'inverse, une dégradation du marché du travail donnerait enfin au dollar une raison plus fondamentale de consolider.

EUR — Lagarde retire une partie du soutien monétaire

Christine Lagarde a adopté un ton plus accommodant que prévu. La présidente de la BCE estime que les conditions financières déjà restrictives devraient limiter la transmission de la hausse de l'énergie à l'ensemble de l'économie. Elle affirme également que la banque centrale doit apporter une réponse mesurée, en l'absence de preuves convaincantes d'effets inflationnistes de second tour. Ce message réduit l'urgence d'une hausse des taux en octobre.

La BCE semble considérer que le choc énergétique reste pour l'instant principalement concentré sur les coûts directs, sans diffusion suffisante aux salaires, aux services et aux anticipations d'inflation pour justifier une réaction agressive. Cette posture contraste avec celle de la Fed. L'économie américaine reste plus dynamique, les pressions sur les capacités sont plus fortes et plusieurs responsables américains envisagent ouvertement de nouvelles hausses.

Les marchés intègrent désormais environ 17 points de base de resserrement pour la Fed en octobre, contre seulement 9 points de base pour la BCE. L'écart entre les anticipations de taux américains et européens s'élargit donc de nouveau en faveur du dollar.

L'EUR/USD conserve une possibilité de reprise à moyen terme si le pétrole se détend et si la Fed attend jusqu'en décembre. Mais à court terme, les commentaires de Lagarde rendent la paire plus vulnérable. La zone 1,1320–1,1330 constitue toujours le principal support à surveiller. Des données américaines solides ou une nouvelle hausse du pétrole pourraient provoquer un test rapide de cette zone.

GBP — le rapport de force évolue au sein de la BoE

La livre sterling bénéficie d'un changement progressif au sein du Comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre. Lors de la réunion de septembre, la BoE avait maintenu son taux à 3,75 % par six voix contre trois. Mais trois membres ayant soutenu le maintien — Dave Ramsden, Sarah Breeden et Clare Lombardelli — reconnaissent désormais qu'une hausse pourrait devenir nécessaire si les pressions inflationnistes liées à l'énergie continuent de s'étendre.

Lors de la dernière réunion, Huw Pill, Megan Greene et Catherine Mann avaient déjà voté en faveur d'une hausse à 4 %. Si les trois vice-gouverneurs rejoignaient ce groupe en novembre, le rapport de force pourrait théoriquement s'inverser en faveur d'une hausse par six voix contre trois. Le principal risque surveillé par la BoE est celui d'une transmission de l'énergie aux salaires et aux prix pratiqués par les entreprises.

La livre a retrouvé un peu de soutien au-dessus de 1,3250 dollar, mais sa progression reste limitée par la politique de la Fed. Pour que le GBP/USD se redresse durablement, les anticipations de taux britanniques devront augmenter plus rapidement que leurs équivalents américains. Le discours de l'économiste Alan Taylor sera donc surveillé aujourd'hui, avant l'estimation finale du PIB britannique du deuxième trimestre attendue mercredi.

AUD — une hausse attendue, une suite beaucoup moins certaine

La RBA a relevé son taux directeur de 25 points de base à 4,60 %, lors d'une décision unanime. Il s'agit de sa quatrième hausse de l'année, portant le resserrement cumulé de 2026 à 100 points de base. Le communiqué reste ferme : la banque centrale estime que certains risques inflationnistes commencent à se matérialiser et que la hausse du carburant se transmet déjà aux prix d'autres biens et services.

Mais Michele Bullock a nuancé les perspectives lors de sa conférence de presse. Elle a révélé que le Conseil avait également envisagé de maintenir les taux et considère que les conditions financières sont déjà restrictives. La RBA se réserve donc la possibilité d'agir à nouveau, sans présenter une cinquième hausse comme automatique.

Cette nuance explique la réaction de l'AUD/USD. La hausse de septembre était déjà largement anticipée : pour soutenir davantage l'AUD, le marché avait besoin d'un signal clair en faveur d'un nouveau mouvement en novembre. Il ne l'a pas obtenu. L'AUD/USD est ainsi repassé sous 0,7000 après la conférence de presse. La fin du cycle devient un scénario crédible, mais elle dépendra de l'inflation, du pétrole, de l'emploi et du ralentissement immobilier.

JPY — le risque d'intervention plafonne toujours l'USD/JPY

L'USD/JPY évolue autour de 157,40, partagé entre deux forces opposées. D'un côté, les rendements américains élevés et les anticipations de hausse de la Fed soutiennent le dollar. De l'autre, les autorités japonaises multiplient les avertissements contre la faiblesse du yen.

La ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, estime qu'un yen sous-évalué pose problème et affirme avoir convenu avec le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, de renforcer la coopération entre les deux pays. Le principal responsable japonais des questions monétaires, Atsushi Mimura, demande également aux marchés de prendre au sérieux le message envoyé conjointement par Tokyo et Washington.

Les chiffres publiés mercredi permettront de déterminer si les contrôles de taux réalisés en septembre ont été suivis d'achats effectifs de yens. La Banque du Japon a déjà relevé son taux à 1,25 % en septembre. Une nouvelle hausse est principalement envisagée pour décembre, même si une action plus précoce ne peut pas être totalement exclue. Le différentiel de taux continue donc de soutenir l'USD/JPY, mais la menace d'une intervention limite son potentiel à proximité de 160.

À surveiller

La confiance des consommateurs américains · Les offres d'emploi JOLTS · Le discours d'Alan Taylor de la BoE · La réponse américaine transmise à l'Iran par les médiateurs qataris · Les éventuels incidents autour du détroit d'Ormuz · Le Brent dans la zone 105–110 dollars · Les rendements obligataires américains · L'EUR/USD autour de 1,1320–1,1330 · L'USD/JPY à l'approche de 160 · Les données d'inflation australiennes attendues mercredi

À retenir

L'augmentation des flux pétroliers à travers Ormuz réduit le risque d'une pénurie immédiate, mais elle ne signifie pas que la crise est résolue. L'Iran veut empêcher Washington de normaliser la navigation tout en maintenant son économie sous pression — les attaques contre les navires restent donc un instrument stratégique crédible si les négociations échouent. Cette incertitude maintient le pétrole et les rendements à des niveaux élevés, ce qui continue de soutenir le dollar. Dans le même temps, les banques centrales ne réagissent pas toutes de la même manière : la Fed reste prête à relever ses taux, Lagarde appelle à une réponse mesurée, la RBA vient de resserrer tout en laissant entrevoir une possible pause, et la BoE se rapproche progressivement d'un débat plus sérieux sur une hausse. Le marché ne traite donc plus uniquement le risque géopolitique — il compare désormais la manière dont chaque banque centrale accepte, ou refuse, de répondre au même choc énergétique.


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