Le dollar a corrigé après les déclarations prudentes de John Williams, permettant à l'euro et à l'or de reprendre de la hauteur. Le président de la Fed de New York estime qu'après la hausse de septembre, la banque centrale n'a aucune raison d'agir dans l'urgence.
Les investisseurs ont donc réduit leurs anticipations de resserrement : la probabilité d'une hausse en octobre est revenue autour de 45–50 %, tandis que le marché ne valorise plus qu'une seule augmentation supplémentaire d'ici la fin de l'année.
Cette détente reste cependant fragile. Les données américaines du jour, notamment l'emploi privé et le core PCE, pourraient soit confirmer la prudence de Williams, soit remettre immédiatement une hausse en octobre au centre du scénario.
Géopolitique et pétrole — Trump referme la porte à un allègement des sanctions
Donald Trump a démenti les informations selon lesquelles son administration aurait proposé d'alléger les sanctions contre l'Iran et de débloquer des fonds iraniens en échange de concessions sur le programme nucléaire de Téhéran. Le président américain affirme n'avoir « rien offert » à l'Iran et qualifie ces informations de fausses. Ce démenti a contribué au rebond du pétrole, après la correction provoquée par la reprise partielle des exportations du Golfe.
La médiation qatarie se poursuit malgré tout. Selon les dernières informations, le principal désaccord entre Washington et Téhéran porterait désormais sur le séquençage des mesures plutôt que sur les principaux éléments du plan de sept jours. Dans le scénario actuellement discuté, l'Iran autoriserait une reprise plus libre du trafic dans le détroit d'Ormuz, tandis que les États-Unis assoupliraient leur blocus des ports iraniens. Les deux camps doivent cependant encore déterminer qui devra agir en premier.
Les discussions ne sont pas rompues, mais aucun accord n'est encore suffisamment avancé pour justifier la disparition de la prime géopolitique.
Parallèlement, l'offre régionale commence à se redresser. Selon les estimations citées par Goldman Sachs, les exportations de pétrole du Golfe, y compris certains flux difficiles à retracer, seraient revenues vers leur moyenne de 2025. L'Arabie saoudite a notamment repris les chargements depuis Yanbu après la remise en service de son oléoduc Est-Ouest.
Le marché pétrolier reste donc partagé entre deux forces : une amélioration réelle des flux physiques, qui limite la hausse du brut, et un risque diplomatique et militaire toujours élevé, qui empêche une correction durable. Le pétrole ne traite plus uniquement le conflit. Il traite désormais la différence entre une offre qui s'adapte et une diplomatie qui n'aboutit toujours pas.
USD — Williams réduit l'urgence, pas le risque d'une nouvelle hausse
John Williams a envoyé un message plus prudent que plusieurs de ses collègues. Selon lui, la hausse décidée en septembre permet à la Fed de prendre le temps d'observer les prochaines données. Il n'a cependant pas fermé la porte à un nouveau resserrement : si l'économie évolue conformément à ses prévisions, une hausse supplémentaire pourrait encore être appropriée avant la fin de l'année.
Son scénario reste loin d'être accommodant : il prévoit une inflation autour de 3,5 % en 2026, il n'anticipe pas de retour à l'objectif de 2 % avant 2028, il considère que l'activité américaine demeure solide, et il estime que les investissements liés à l'intelligence artificielle peuvent entretenir la demande et les pressions inflationnistes.
Les autres responsables de la Fed restent également fermes. Michael Barr estime que de nouveaux ajustements monétaires seront probablement nécessaires, tandis que plusieurs membres insistent sur les risques créés par une inflation durablement supérieure à l'objectif. Le message collectif est donc plus nuancé qu'un véritable pivot : Williams conteste surtout l'urgence d'agir en octobre, pas la nécessité éventuelle de relever encore les taux.
Données américaines — le PCE peut remettre octobre dans la course
La prudence de Williams a été renforcée par deux publications décevantes. La confiance des consommateurs a chuté à 81,9 en septembre, très loin des 89 attendus. Les offres d'emploi JOLTS sont également tombées à environ 7,08 millions, signalant une modération progressive de la demande de travail.
Ces données ont pesé sur les taux courts et provoqué une correction du dollar. Pourtant, le billet vert demeure proche de son sommet annuel : le DXY a récemment atteint 101,61, non loin de la zone de 101,80. Cette résistance s'explique principalement par les taux longs. Même si le marché réduit la probabilité d'une hausse immédiate, les rendements obligataires américains restent historiquement élevés et continuent d'attirer les capitaux vers les actifs libellés en dollars.
La séance du jour pourrait néanmoins modifier cet équilibre. Le marché attend environ 70 000 créations d'emplois privés dans l'enquête ADP, contre 38 000 précédemment. Le core PCE devrait quant à lui accélérer de 0,2 % à 0,3 % sur un mois, avec une inflation annuelle attendue autour de 3,3–3,4 %.
Plusieurs indicateurs créent un risque haussier autour de cette publication. Les PMI américains ont montré une activité particulièrement solide, une forte progression des nouvelles commandes et une accélération des coûts des intrants. Les précédentes données d'inflation indiquent également que les pressions sur les prix restent persistantes. Cela ne garantit pas une surprise positive, mais rend le marché particulièrement sensible à la publication.
Trois scénarios se présentent : un core PCE supérieur aux attentes et un ADP solide feraient rapidement remonter les anticipations d'une hausse en octobre, soutenant les taux courts et le dollar. Des données conformes aux attentes laisseraient la Fed conserver une option ouverte pour la fin de l'année, sans rendre octobre beaucoup plus probable. Une inflation et un emploi décevants conforteraient la prudence de Williams et repousseraient plus clairement la prochaine hausse vers décembre.
Le rapport sur l'emploi de vendredi sera ensuite déterminant. Un core PCE élevé suivi de NFP solides formerait une combinaison difficile à ignorer pour la Fed : inflation persistante, croissance résiliente et marché du travail toujours robuste. Dans ce scénario, le dollar pourrait reprendre sa progression et tester de nouveau ses sommets annuels. À l'inverse, deux publications faibles successives fragiliseraient davantage le scénario hawkish.
EUR — l'inflation remonte, mais Lagarde tempère la réaction
L'EUR/USD a momentanément cassé les plus bas de l'été, atteignant la zone de 1,1310–1,1320, avant de rebondir après les propos de Williams. Cette faiblesse reste principalement liée au dollar, mais l'euro reçoit désormais des signaux contradictoires.
D'un côté, Christine Lagarde a réduit les attentes d'une hausse immédiate de la BCE. Elle estime que le durcissement des conditions financières limite la transmission du choc énergétique au reste de l'économie et privilégie une réponse mesurée en l'absence d'effets de second tour clairement identifiables.
D'un autre côté, les données d'inflation européennes deviennent difficiles à ignorer. En France, l'IPC accélère de 2,4 % à 3,0 %, contre 2,8 % attendu ; l'IPCH bondit de 2,6 % à 3,4 %, contre 3,1 % attendu ; les prix de l'énergie progressent de 21,2 % sur un an ; l'inflation des services passe de 1,9 % à 2,2 % ; celle de l'alimentation augmente de 1,1 % à 1,5 %.
Les premières données régionales allemandes indiquent également une accélération généralisée, avec une inflation comprise entre 2,9 % et 3,3 % dans plusieurs grands Länder. Ces chiffres augmentent le risque que l'inflation nationale allemande dépasse légèrement le consensus de 3,1 %. L'IPCH constitue la mesure de référence de la BCE pour évaluer son objectif d'inflation de 2 %.
La question n'est toutefois pas seulement de savoir si l'inflation globale remonte. Il faut déterminer si le choc énergétique commence à contaminer les services, les salaires et les autres composantes sous-jacentes. Pour l'instant, les données françaises montrent un début d'élargissement, mais pas encore une preuve suffisante d'effets de second tour durables.
L'inflation européenne réduit la marge accommodante de la BCE, mais les commentaires de Lagarde rendent une hausse en octobre moins probable que du côté de la Fed. Si le PCE américain surprend à la hausse, l'EUR/USD pourrait revenir sous 1,1320 et ouvrir la voie vers 1,1200. En revanche, des données américaines modérées permettraient à la paire de prolonger son rebond vers 1,1400–1,1470.
GBP — la croissance britannique résiste mieux que prévu
Le PIB britannique du deuxième trimestre a été révisé à la hausse : +0,5 % sur le trimestre, contre 0,4 % initialement annoncé, et +1,4 % sur un an, contre une première estimation de 1,2 %. Les services ont progressé de 0,6 % au cours du trimestre, confirmant une économie plus résiliente que prévu face aux taux restrictifs et au choc énergétique.
Cette révision ne devrait pas, à elle seule, modifier immédiatement la trajectoire de la Banque d'Angleterre. Elle lui accorde néanmoins davantage de marge pour lutter contre l'inflation. Les membres de la BoE restent divisés : certains estiment qu'une nouvelle hausse pourrait être nécessaire si les prix de l'énergie commencent à influencer les salaires et les prix de vente, d'autres considèrent que les conditions monétaires sont déjà suffisamment restrictives.
La croissance plus solide soutient donc la livre, mais la prochaine direction dépendra surtout des données d'inflation, des salaires et de l'évolution des anticipations concernant la Fed.
AUD — l'inflation accélère, mais moins que prévu
Après la hausse du taux directeur australien à 4,60 %, les données d'inflation apportent un message contrasté. L'inflation globale annuelle accélère de 3,5 % à 4,0 %, son niveau le plus élevé depuis trois mois. Elle s'éloigne donc encore davantage de la cible de 2–3 % fixée par la RBA. Cette hausse provient notamment du logement, dont l'inflation progresse de 5,0 % à 5,7 %, du carburant, et de la disparition de certaines mesures d'allègement énergétique.
Mais les détails sont moins agressifs que le chiffre annuel : le marché attendait une inflation globale de 4,1 %, l'inflation mensuelle ralentit de 1,0 % à 0,4 % contre 0,5 % attendu, la mesure mensuelle tronquée ralentit également, et l'inflation sous-jacente annuelle reste globalement stable. Le marché ne nie donc pas que l'inflation australienne demeure trop élevée — il constate simplement que les pressions sous-jacentes ne s'accélèrent pas au même rythme que l'indice global.
Après quatre hausses en 2026 et 100 points de base de resserrement, ces chiffres renforcent l'hypothèse selon laquelle la RBA pourrait désormais faire une pause. La possibilité d'une nouvelle hausse reste ouverte si le pétrole continue de progresser ou si les pressions se diffusent, mais elle n'est pas confirmée par les données du jour. C'est pourquoi l'AUD a eu du mal à profiter durablement de l'accélération de l'inflation annuelle : le marché réagit à l'écart par rapport aux attentes et à la composition des données, pas uniquement au chiffre principal.
JPY — Tokyo maintient la menace d'une intervention
Le yen reste l'une des rares devises capables de résister partiellement à la force du dollar. Les autorités japonaises ont intensifié leurs avertissements concernant la faiblesse de leur monnaie. Tokyo affirme rester en contact étroit avec Washington et demande aux investisseurs de prendre au sérieux la possibilité d'une nouvelle intervention. Le risque d'une action coordonnée entre les États-Unis et le Japon limite donc la progression de l'USD/JPY, désormais revenu sous la zone de 157.
Le yen bénéficie également du recul temporaire des rendements américains, de la hausse des anticipations de resserrement de la Banque du Japon, et du débouclage de certaines opérations de portage financées en yen. Toutefois, le différentiel de taux reste largement favorable au dollar. Sans intervention ou nouvelle hausse rapide de la BoJ, la baisse de l'USD/JPY pourrait donc rester limitée.
NZD — les données chinoises apportent un soutien
Le dollar néo-zélandais profite à la fois de la correction du dollar américain et de données chinoises supérieures aux attentes. Le PMI manufacturier officiel chinois revient en territoire d'expansion à 50,1, tandis que l'indice non manufacturier remonte à 50,2, contre 49,0 précédemment. Les enquêtes privées confirment cette amélioration, avec un PMI manufacturier à 52,1 et un indice des services à 51,6.
La Chine étant le premier partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande, cette reprise soutient naturellement le kiwi. Cependant, la faiblesse persistante de la demande intérieure néo-zélandaise et le biais prudent de la RBNZ pourraient limiter la progression du NZD/USD.
À surveiller
L'enquête ADP sur l'emploi privé américain · Le core PCE et sa progression mensuelle · Les éventuelles révisions des données d'inflation américaines · Le rapport NFP de vendredi · L'inflation nationale allemande · L'évolution des discussions entre Washington et Téhéran · Le Brent après le démenti de Donald Trump · Les taux américains à deux, dix et trente ans · La réaction de l'EUR/USD autour de 1,1320 · L'USD/JPY sous la menace d'une intervention japonaise
À retenir
John Williams a réduit l'urgence d'une hausse en octobre, mais il n'a pas déclaré la fin du cycle de resserrement américain. La correction du dollar repose actuellement sur une baisse des anticipations de taux courts. Elle reste cependant limitée par des rendements longs élevés, une économie américaine résiliente et une inflation encore trop forte. Le PCE publié aujourd'hui sera donc déterminant. En Europe, l'inflation remonte, mais Christine Lagarde privilégie encore une réaction mesurée. En Australie, l'inflation globale accélère, tandis que les mesures mensuelles et sous-jacentes renforcent plutôt l'hypothèse d'une pause de la RBA. Le marché a momentanément écouté Williams. Il doit maintenant écouter les données.
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